« Officier d'élite au feu, diplomate éclairé de la République en Extrême-Orient, grand serviteur de l'industrie et résistant exemplaire à la Libération. »
Né dans les terres de Charente en 1876, Roger Emmanuel Tambrun a traversé les plus grands bouleversements du premier demi-siècle contemporain. De la pacification des frontières du Haut-Tonkin aux tranchées sanglantes de la Grande Guerre, des intrigues diplomatiques de Pékin jusqu'au refus farouche de l'armistice en 1940, son existence fut un monument de courage, d'honneur et d'érudition.
Utilisez les flèches ou les onglets pour explorer la carte des terres natales et ses portraits aux trois âges.
À Chalais (Charente), sur les coteaux de la Dronne
Entré le 26 oct. 1896, sorti Sous-Lieutenant
Commandant du poste frontière de Cốc Pàn
2e DIC, Marne, Somme, Chef de Bataillon au 24e RIC
Attaché Militaire de France en Chine
Président CLL La Roche-Chalais. Décédé à 75 ans.
Récits historiques détaillés étayés par ses états de service officiels, ses citations militaires et les notices des Archives Nationales.
Roger Emmanuel Tambrun naît le 4 septembre 1876 à Chalais (Charente). Sa famille est profondément ancrée dans ce territoire frontière reliant l'Angoumois, la Saintonge et le Périgord, à seulement une douzaine de kilomètres de La Roche-Chalais le long de la vallée de la Dronne.
Doué d'une vive intelligence et d'une passion précoce pour les mathématiques et les langues, il monte à Paris dès l'âge de 8 ans pour y poursuivre de solides études secondaires au Lycée Condorcet, au Collège Chaptal, puis au Lycée Saint-Louis. Titulaire du Certificat d'études élémentaires (1887) et du Baccalauréat classique (mention Lettres-Mathématiques), il prépare le concours prestigieux de l'École Spéciale Militaire de Saint-Cyr.
Il est reçu à Saint-Cyr le 26 octobre 1896 et en ressort en juillet 1898 avec le grade de sous-lieutenant dans l'infanterie métropolitaine.
Affecté d'abord au 1er Régiment d'Infanterie Coloniale (Cherbourg), il s'embarque le 3 avril 1901 pour l'Indochine au sein du 3e Régiment de Tirailleurs Tonkinois. À peine âgé de 24 ans, il se voit confier le commandement du poste stratégique de couverture de frontière sino-tonkinoise de Cốc Pàn (secteur de Bảo Lạc).
Dans cette région montagneuse insalubre, il accomplit une œuvre civilisatrice et pacificatrice remarquable : il protège les populations locales terrorisées par les bandes de pirates chinois, lutte sans relâche contre les fièvres, fait bâtir des routes et des ponts, et tient en respect les bandes armées par une savante alternance d'énergie martiale et d'habiles pourparlers diplomatiques.
Rétabli, Roger Tambrun repart en Chine au 16e R.I.C. basé à Tien-Tsin (Tianjin), puis est désigné pour veiller à la sécurité de la Légation de France à Pékin. Fasciné par les civilisations d'Asie de l'Est, il apprend avec rigueur les langues et coutumes locales.
Revenu en France le 1er septembre 1909, il est admis à la prestigieuse École Supérieure de Guerre et s'inscrit en parallèle à l'École Spéciale des Langues Orientales Vivantes (aujourd'hui INALCO). Le 4 août 1911, il obtient son diplôme d'élève breveté pour la langue japonaise. Nommé chef d'état-major du 21e R.I.C., il rejoint à la veille de la déflagration l'état-major de la 2e Division d'Infanterie Coloniale (2e DIC).
Son histoire de guerre épouse celle de la 2e Division Coloniale : combats désespérés en Belgique dès la fin août 1914, repli héroïque sur la Meuse (forêt de Jaulnay), combats d'Argonne, de Champagne, et victoire de la Marne (Norrois, Bignicourt-sur-Marne). Il prend une part active aux terribles combats de Beauséjour, de la Main de Massiges, et de Dompierre, avant les batailles de la Somme (1916) et de l'Aisne (1917).
Promu Chef de Bataillon, il quitte le quartier général pour commander directement un bataillon d'assaut du 24e R.I.C. en première ligne dans la boue et le feu des tranchées jusqu'au 23 décembre 1917.
« Officier de grande valeur, très instruit et très dévoué, qui a fourni au cours de la Campagne un travail considérable et a rendu comme Officier d'État-Major les plus grands services. Au front depuis la mobilisation, a donné dans plusieurs circonstances des preuves d'énergie et de sang-froid. » — Ordre de l'Armée n° 295 du 30 octobre 1915
« N'a cessé de faire sous le feu de l'ennemi preuve d'énergie et d'entrain et des plus solides qualités militaires. S'est distingué à plusieurs reprises en assurant les liaisons dans des circonstances périlleuses. A accompli avec la plus grande intelligence et le plus grand calme les missions de liaison et de reconnaissance. » — Ordre de l'Armée n° 35 • Croix de Guerre avec palme
Alors que la Révolution russe d'octobre 1917 bouleverse l'Extrême-Orient, le gouvernement nomme le commandant Tambrun Attaché Militaire de la République Française en Chine et au Siam.
Il rejoint Pékin avec sa famille et y reste près de six années, jusqu'au 14 juin 1923. Ses rapports stratégiques (notamment son mémoire fondamental du 10 juillet 1919 sur l'armée chinoise, conservé au SHD Vincennes 7 N 3310), ses correspondances chiffrées (SHD 7 N 829) et ses analyses fines des seigneurs de guerre (comme Zhang Zuolin) éclairent le Quai d'Orsay et le commandement suprême.
Rentré en France, il est adjoint au chef de corps du 23e R.I.C. jusqu'au 31 juillet 1925, date à laquelle il prend sa retraite militaire avec le grade de Lieutenant-Colonel (élevé ensuite au grade de Colonel honoraire).
Homme de rigueur et d'intégrité, Roger Tambrun entame une brillante seconde carrière dans la vie civile en rejoignant la Compagnie des produits chimiques et électrométallurgiques Alais, Froges et Camargue (futur groupe Pechiney).
Il y exerce pendant 17 années les fonctions d'adjoint au chef des services comptables et financiers. Il traverse la crise des années 1930 avec une probité exemplaire, avant de prendre sa retraite industrielle en juin 1942 pour se retirer en Dordogne.
L'invasion allemande de 1940 meurtrit profondément son âme de patriote. Refusant la capitulation, il s'engage dès la première heure dans les réseaux de résistance intérieure en Dordogne (homologué FFI, dossier SHD Vincennes GR 16 P).
À la libération en 1944, auréolé du respect unanime de la population, il est porté à la présidence du Comité Local de Libération (CLL) de La Roche-Chalais. Il assure la transition avec impartialité, avant de refuser de se présenter aux élections politiques suivantes par détachement et humilité.
Dans sa demeure paternelle dominant la Dronne, il passe ses dernières années en sage : poursuivant chaque jour l'étude infinie des langues orientales vivantes, entouré de son épouse Blanche, de ses enfants et petits-enfants. Il s'éteint subitement le 11 décembre 1951 à l'âge de 75 ans, pleuré par toute la commune.
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Naissance charentaise, lycées parisiens et formation militaire d'élite.
Pacification du Haut-Tonkin face aux pirates et diplomatie sino-tonkinoise.
16e R.I.C. et première immersion intime dans la langue et l'âme chinoise.
État-major de la 2e DIC, puis commandement d'un bataillon du 24e RIC au front.
Analyses d'état-major et négociations stratégiques avec les seigneurs de guerre chinois.
Maison paternelle, engagement dans les maquis FFI et présidence du Comité de Libération.
Fils de la terre charentaise né à Chalais, Roger Tambrun fait ses premières armes intellectuelles dans les grands lycées parisiens. À Saint-Cyr, il acquiert la maîtrise du commandement et choisit l'Infanterie Coloniale pour servir en première ligne.
Sept distinctions majeures attestent de la bravoure sous le feu et de l'autorité diplomatique acquise par le Colonel Roger Tambrun auprès de trois nations souveraines.
Chevalier conféré le 30 octobre 1915 au front (Ordre de l'Armée n° 295). Promu Officier le 28 décembre 1924 au titre des missions diplomatiques sur proposition du Ministre de la Guerre.
Ornée d'une Palme de bronze et d'une Étoile de vermeil pour conduite héroïque continue et missions de liaison sous le feu direct de l'ennemi lors des batailles de la Marne et de Champagne.
Prestigieux ordre militaire conféré pour son action pacificatrice remarquable et son concours militaire en tant qu'Attaché Militaire français auprès du gouvernement chinois.
Ordre de la « Bonne Céréale » (Chia-Ho), plus haute dignité conférée par le président de la République de Chine pour mérites diplomatiques exceptionnels et services éminents rendus à la nation chinoise.
Ordre royal séculaire du Laos en reconnaissance de la sécurité assurée sur les frontières de l'empire et de la protection accordée aux routes d'Extrême-Orient lors de ses campagnes indochinoises.
Témoin de la Grande Guerre de la mobilisation d'août 1914 jusqu'aux derniers jours du conflit, attribuée aux officiers et soldats ayant combattu avec honneur pour la patrie.
Consultez en haute définition la carte ancienne de Chalais, les coupures de presse nécrologiques d'origine, les portraits de famille et les états de service dactylographiés.
Vallée de la Dronne, montrant Chalais (naissance) et La Roche-Chalais (demeure familiale).
Annonce du décès, obsèques de La Roche-Chalais et début de carrière militaire.
Brevet de japonais (Langues O), décorations et entrée en Résistance en 1940.
Présidence du Comité de Libération et fin de vie studieuse au milieu des siens.
États de service détaillés : Tonkin, Grande Guerre, Légation de Pékin et Pechiney.
Transcriptions des textes de citations à l'ordre de l'armée et décorations étrangères.
Cadre de direction chez Alais, Froges et Camargue au retour de Pékin.
Le regard bienveillant du libérateur et patriarche à La Roche-Chalais.
Roger Tambrun épousa Blanche-Rose-Henriette Vigna, fille de Paul-Antoine Vigna (1856–1942), l'un des plus illustres restaurateurs de livres, d'estampes et de reliures anciennes de France, ayant œuvré pour le Musée du Louvre, le Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale et la Bibliothèque de l'Arsenal.
Cette alliance prestigieuse, documentée dans la revue scientifique Technē (n° 51) du Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (C2RMF), scella l'enracinement de la famille à La Roche-Chalais durant la tourmente de la guerre.
Transmettre la mémoire, l'exigence morale et le souvenir d'un aïeul d'exception à la descendance contemporaine.
• Série 7 N 829 : Télégrammes chiffrés de l'Attaché Militaire à Pékin.
• Série 7 N 3310 : Rapport du Cdt Tambrun sur l'Armée chinoise.
• Série GR 16 P : Homologation FFI de la Dordogne.
• Cote Léonore : 19800035/112/14146.
• Dossier officiel complet de Roger Emmanuel Tambrun : états de service, promotions de Saint-Cyr et décrets ministériels.
• K otázce francouzského vývozu zbraní do Číny, Univ. Charles de Prague.
• L'exportation française d'armes en Chine, Univ. Bohême occidentale.
• The Peking Who's Who (1922).
Site mémorial officiel accessible sur tambrun.lacombe.app